29/11/2007Plus léger qu'un bouchon
Ouinnn, je pars une semaine en croisière sur le Stix, sur un bateau ivre avec de jolies cabines équipées de machines qui font bip bip mais où ils sont pas foutus de mettre le wifi. Espérons que les haleurs éviteront les peaux rouges criards et leurs poteaux de couleur.
Le ménage du blog est fait. Je ferme les volets blindés anti-sarkozistes et coupe le gaz. Wolfi, les clés sont sous le paillasson ; merci à toi de passer nourrir le chat.
28/11/2007Rafraichir la haine
L'une des deux victimes de Villiers-le-Bel tenait un blog dans lequel il se présente comme un garçon «calme» et qui cherche l'âme soeur. De courageux bons français anonymes ont commis des centaines d'immondes commentaires laissés sur ce blog depuis la mort du jeune de 17 ans. Ceux qui voudront voir de quoi il s'agit ne le pourront pas : à 23 h 30 hier, devant ce déferlement d'indécence et d'ignominie, la plate-forme (Skyrock) a supprimé ces centaines de commentaires. Les compatissants (il y en avait quand même) et les ignobles.
Mais honnêtement : vous ne ratez rien. Si ce n'est un immense malaise. Tant l'image laissée par certains de nos prétendus frères humains, empressés de dire leur joie de voir mourir un ado et enchantés de clamer leur haine des jeunes des cités, est si déplorable. Si incroyable. Et si désespérante.
Au fait, que deviens Fadela Amara, secrétaire d'Etat (de la gauche décomplexée) à la politique de la Ville? J'ai hâte de l'entendre déballer son « cash-discours » à propos des « glandouilleurs-lanceurs-de-projectiles ». Les deux gosses sans casques, eux, ont "arrêté de se la raconter"...
Plusieurs magistrats ont reçu d’étranges visites de la part de fonctionnaires des renseignements généraux, s’enquérant de leur volonté de suivre le mot d’ordre de grève du 29 novembre, mais surtout tentant de les dissuader de se joindre à ce mouvement national. Ces démarches sont inédites et s’apparentent à un dévoiement pur et simple des missions de ces fonctionnaires de police dont le travail consiste, non pas à influencer individuellement des salariés appelés à faire grève, mais à informer le pouvoir politique et à lui rendre compte des mobilisations sociales. Toute autre opération s’écarte du devoir d’impartialité incombant à un corps de fonctionnaires et fait craindre l’émergence d’une police politique. Le Syndicat de la magistrature exige du ministre de l’Intérieur qu’il soit mis fin immédiatement à ces pratiques d’un autre âge.
Le 20 novembre, Dominique, ingénieur, en arrêt de longue maladie, est allé à la Poste pour presque rien. Un mandat de 9,50 euros à retirer. A Crecy la Chapelle en Seine et Marne.
« On m'a demandé une pièce d'identité, raconte-t-il. Je l'ai présentée. Mais cette carte a été faite, il y a six mois, quand j'étais en chimio... Je n'ai pas de cheveux sur la photo. Mes cheveux ont repoussé depuis. L'employée m'a dit: "il n'y a pas de cheveux... ". Alors j'ai sorti mon permis, et elle m'a dit la même chose : " Mais c'est pareil: il n'y a toujours pas de cheveux". Alors j'ai sorti la photocopie de mon ancien permis. L'employée m'a dit "ah bon, je vais voir avec ma chef si elle peut signer".
J'ai attendu au guichet, et c'est là que j'ai vu arriver deux gendarmes. Je n'ai pas cru que ça pouvait être pour moi... Mais si: trente secondes plus tard, l'un d'eux m'a dit: "vous voulez bien nous suivre monsieur". La poste avait appelé la gendarmerie! J'ai dit aux gendarmes que je voulais leur parler en particulier. Ils m'ont traité comme un enfant. Ils m'ont dit de me taire, et m'ont menacé de me placer en garde à vue. Il a fallu que je me taise. Et j'ai dû leur expliquer que j'avais été en chimio. Ils m'ont reproché d'avoir la photocopie de mon permis de conduire. "C'est interdit", m'ont-ils dit. J'ai écouté. Ils ont déchiré la photocopie sous mes yeux. Puis ils sont partis. Je suis retourné au guichet, et l'employée m'a dit "attendez, je vais voir".... Elle n'avait toujours pas l'accord de sa chef. Je suis parti sans attendre. Je n'arrive pas à m'en remettre. »
Dominique a songé à porter plainte. « Abus d'autorité peut-être? », suggère-t-il. « En tous cas, si vous avez un cancer, évitez la Poste! », conclut-il. De son côté, la responsable du bureau de poste de Crécy la Chapelle, jointe au téléphone estime, sans l'ombre d'un doute, avoir fait son « devoir ».
L'Elysée se délocalise trois jours en Chine pour signer d' importants contrats commerciaux. Le même régime qui vient de passer huit jours à nous répéter (par la voix notamment de Valérie Pécresse et de ses laquais de la presse) que les mouvements sociaux étaient manipulés par "l'extrême gauche" n'a aucune intention de fâcher les "communistes" chinois en les importunant avec un truc aussi bien-pensant que les droits de l'homme. Nul doute que notre président a pris des baguettes pour leur parler du ptit'Bé.
Dis, entre toi et moi et en toute décomplexitude, tu le sens comment qu'il pue, l'air du temps ? Bah, allez, oublions tout ça et allons consommer. Tiens, prend une pastille de Vichy. 24/11/2007"L'Humanité" Lave L'Honneur De La Police
Avec le Parti communiste français (PCF), au moins, tu sais où tu es.
Que tu prennes ces mecs-là en 1936, ou en 1950, ou juste là, en novembre 2007? Au fond, c'est les mêmes: toujours prêts à bouffer du révolutionnaire (Toujours prêts, aussi, à nouer sous le sceau de "l'engagement" des pactes singuliers). Naturellement, la répression stalinienne, qui avait ceci de commode qu'elle ne s'embarrassait pas d'excessives délicatesses, est passée de mode. Faut s'adapter, ma bonne dame: le droit-de-l'hommisme fait des ravages.
Mais le Parti, grâce à Dieu le (petit) père, dispose toujours, pour exprimer ses haines recuites (sur le feu, tout de même, depuis neuf décennies), de son organe central: "L'Humanité", c'est son nom, a certes perdu sa faucille et son marteau, mais n'a pas renoncé au style qui a toujours fait son charme, dans les moments de (grands) procès.
Ainsi, de la grande manif parisienne du 20 novembre, "L'Humanité" a retenu que: "Quand la CFDT diffuse sur sa sono la musique du Gendarme de Saint-Tropez à quelques mètres des manifestants du syndicat de policiers Alliance, c'est de l'ordre du clin d'oeil qui détend l'atmosphère". Mais "L'Humanité" retient aussi (et surtout) que: "Quand les militants de la CNT croisent ceux du Syndicat général de la police (SGP) FO, c'est le dérapage assuré".
Et qui "dérape"? "Les militants de la CNT", bien sûr. On sait que ces gens-là ne respectent rien: quel dommage qu'on n'ait pas définitivement soldé leur cas en Espagne, quel dommage que "le grand Staline" n'ait pas complètement fini le boulot... "Les militants de la CNT" ont, tenez-vous bien, lancé, au passage du SGP, de hideux cris, genre: "A bas l'Etat, les flics et les patrons!". Voire, plus odieux encore: "Police partout, justice nulle part!"
Ulcéré par tant d'effronterie, le journaleux de "L'Humanité", soucieux de laver l'honneur de la police, fustige alors (courageusement): "Un façon bien singulière de saluer l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social". Pauvre, pauvre, pauvre journaleux de "L'Humanité", pauvre travailleur exploité: enchaîné à son clavier, il n'a pas vraiment eu le temps de regarder ce qui se passait dans nos rues, depuis quelques décennies.
Sans quoi il aurait forcément observé que "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social" est vachement protéiforme.
Le 20 novembre, par exemple, pendant que certains "fonctionnaires de police" échangaient dans la manif (et sous les applaudissements nourris de "L'Humanité") des clins d'oeil complices avec la CFDT, d'autres "fonctionnaires de police", non moins nombreux, se déployaient alentour, sans banderoles ni fumigènes, mais avec, en revanche, l'arsenal coutumier de leur "engagement dans le mouvement social" - boucliers, casques, tonfas, et caetera.
Mettons que tu essaies de convaincre l'étudiant(e) gréviste qui la semaine dernière à Nanterre a mangé la semelle d'un "fonctionnaire de police" du haut niveau d'"engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social"? Mettons que tu lui dises, mais attends, c'est "L'Humanité" qui le dit, ça doit être vrai?
A mon avis: tu vas te faire jeter.
Parce que dans la vraie vie, "l'engagement des fonctionnaires de police" dans les mouvements sociaux n'est pas aussi évident que dans les belles histoires de "L'Humanité". Vois, d'un angle un peu différent de celui que choisit "L'Humanité", cet aspect (moins directement fédérateur) de "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social":



Dans la vraie vie, les "fonctionnaires de police" dont l'organe central du PCF salue bien bas "l'engagement dans le mouvement social" sont les mêmes qui s'acquittent jour après jour des menus travaux répressifs que leur confie Sarko - avec ce résultat que les sans-papiers, par exemple, ont sur "l'engagement des fonctionnaires de police dans le mouvement social" un point de vue assez différent de celui de "L'Humanité". Mais ce minuscule détail échappe à "L'Humanité", qui, pour finir, préfère expliquer à son lectorat, dans un style tout stalinien, que les militants de la CNT (et de la Fédération anarchiste) sont, tenez-vous bien, les amis de Sarkozy.
Comment "L'Humanité" en arrive-telle à cette gigantesque énormité? C'est tout simple. Il y avait, à la manif, sur "une camionnette", des affiches barrées de "slogans bien peu respectueux des luttes en cours". Comme, par exemple: "La retraite à vingt ans, pour baiser il faut du temps".
Et ça, n'est-ce pas: "L'Humanité" ne l'a pas (du tout) supporté. (Car le Parti communiste français n'a aucune espèce d'humour, comme disait Georges Guingouin, et sue par tous ses pores la tristesse grise des machineries bureaucratiques.) Conclusion de "L'Humanité" - qui se reconnaît à ce qu'elle ose tout: "Avec de tels comportements, le sarkozysme a de beaux jours devant lui".
Alors que le PCF, lui, fait, comme chacun(e) sait, trembler le régime...
17/11/2007Raté !
Raté. La tentative de briser la grève des cheminots en s'appuyant sur la "collaboration" des "bonnes" organisations syndicales qui auraient appelé a la reprise en échange de la promesse de négociations sur on ne sait pas trop quoi .. . semble avoir complètement ratée !!
Hier le ministre Bertrand exigeait (!) la reprise immédiate du travail en échange de "négociations" sur a peu près tout et n'importe quoi pourvu que ca ne parle pas du régime de retraite !!
Aujourd'hui le ton a changé et c'est Fillon qui s'y colle pour dire qu'après tout on peut discuter même avec des grévistes, et ce pas plus tard que mercredi :)
"Nous demandons pour que ces négociations s'ouvrent qu'il y ait un appel à la reprise du travail de la part des organisations", a déclaré samedi le Premier ministre François Fillon à l'issue d'un séminaire gouvernemental.
Il a cependant assuré qu'il ne s'agissait pas d'un "diktat."
"On attend un signe" de la part des organisations syndicales, la CGT au premier chef, explique-t-on de source gouvernementale. Qu'elles donnent une impulsion au niveau des assemblées générales. Nous ne demandons pas zéro grève."
L'explication de ce revirement est bien simple: la grève n'a pas du tout faibli et d'ailleurs maintenant la SNCF ne publie plus les chiffres des grévistes pour ne pas risquer d'encourager le mouvement ...
Et ensuite les sondages doivent montrer qu'au delà de la poignée de bourgeois haineux qui vont descendre dans la rue demain, la grève n'est peut pas si impopulaire ...
Il doit y avoir de nombreux salariés qui se rendent compte que cette grève n'est qu'un prétexte pour enfoncer un coin dans notre système social et le faire exploser dans les mois qui viennent si par malheur les cheminots prennent une raclée ...
En attendant cela laisse du temps a tout ceux qui vont se mobiliser pour que dès le 20 novembre le mouvement s'amplifie avec l'entrée dans l'action d'autres secteurs de la fonction publique. Pour commencer.
La contrepartie du fameux paquet fiscal de cadeaux aux nantis c'est partout la suppression de services publics qui bénéficiaient aux plus modestes. Et des restrictions sur les acquis sociaux.
En ce moment la politique néolibérale de Sarkozy attaque de nombreux secteurs : la justice, les étudiants, et même ... la police et la gendarmerie. C'est dire.
Il serait vraiment stupide que chacun manifeste séparément et se fasse écraser tout seul dans son coin !
Et pour tout dire la question qui devra se poser c'est celle du secteur prive qui logiquement n'a pas d'autre choix que de rejoindre le mouvement. Car beaucoup de salariés ont voté Sarkozy pour "gagner plus", éventuellement en travaillant plus :)
Mais ils sont en train de réaliser que le patronat gagne plus, lui, mais que les salariés vont devoir travailler plus - et plus longtemps aussi - pour toucher moins !! Et la ca coince un peu :)
Et avec les cheminots il s'agit du même combat :
Se battre pour obtenir la retraite à 37 ans pour tous !
C'est économiquement facile à réaliser mais cela impose de rogner sur les profits et cela ne peut être imposé que par un mouvement d'ensemble. Tous ensemble, c'est encore plus d'actualité qu'en 95 car en face de la poignée d'enragés qui sponsorisent Sarkozy, une lutte sectorielle n'a aucune chance ...
Et nous serons tous perdants. Car l'année prochaine les retraites à 41, 42 ans, voire plus, seront une réalité et ceux qui n'auront pas bougé en 2007 le regretteront amèrement. Mais ce sera trop tard.
Le coin du corbeau15/11/2007Tata flingueuse
« Pourquoi le PS est-il devenu ce qu’il est aujourd’hui ? » se demande Danielle Mitterrand dans un entretien à paraitre ce matin 15 novembre dans le Parisien. Mais la veuve de l’ancien président de la République, qui publie ses Mémoires, délivre aussitôt sa réponse : Le PS est devenu ce qu’il est aujourd’hui « parce qu’il avait à sa tête des gens qui n’ont pas l’esprit socialiste ».
« Ce n’est pas parce qu’on prend une carte qu’on est socialiste. Foncièrement, depuis quelques années, les dirigeants socialistes n’ont pas la tripe socialiste », ajoute-t-elle. Mme Mitterrand juge qu’ils ont « un regard beaucoup trop attendri pour l’argent. Ils ne réagissent pas, ne respirent pas ce désir de société que nous avions ».
Tout est dit. 14/11/2007Oui, c'est politique
Bienbienbien, c'est donc enfin parti...Je pense inutile, pour une fois, de faire un digest des flots de désinformation et de haine de classe qui font et feront l'ordinaire des médias-menteurs dans les jours et les semaines (et on souhaite très très fort : les mois...) à venir. Nous aurons droit à tout, c'est certain, et la seule chose que nous puissions y faire, c'est y puiser une énergie renouvelée, y forger notre rage pour repartir encore plus déterminés. Déterminés, non seulement à soutenir les grévistes, mais à tout faire pour que s'amplifie et se ramifie plus encore ce joli mouvement social, qui comme chacun et chacune peut le comprendre, avec l'indispensable résistance au libéralisme qu'on veut nous imposer de force est aussi la première riposte véritablement politique à Sarkozy et ses sbires hideux.
Oui, c'est politique, en effet ! Et pas qu'un peu ! Politique au sens de réappropriation de l'espace public confisqué par des médias aux ordres. Politique parce que c'est ceux qui marchent dans la rue et qui se mettent en grève qui sont la seule opposition crédible et constructive à ce gouvernement de charognards. Politique pour dire haut et fort que non, définitivement non, tout le monde dans ce pays ne soutient pas les "réformes" et encore moins Sarkozy. Politique pour la joie de se retrouver, pour la joie de voir qu'après le 6 mai, non seulement on est pas morts, mais qu'on est bien vivants, en forme et en nombre, qu'on est prêts à en découdre et qu'on garde l'espoir d'une société où l'argent de fera pas sa loi inique. Politique parce que le pouvoir d'achat, la qualité de vie, la volonté de ne plus s'angoisser pour les fins de mois et le désir de vivre une vie allégée des soucis du quotidien sont des questions qui concernent tout un chacun, et à ce titre sont on ne peut plus politiques !
Et enfin, oui, grandement oui, c'est politique, parce que précisément, la "politique" ne doit pas, n'aurait jamais du être confisquée par une caste auto-proclamée qui ne s'en sert que pour asseoir son pouvoir et sa domination sur tout le reste de la société. La politique, c'est ce qui nous concerne, ce qui nous regarde, ce qui est à nous, et pas, surtout pas, certainement pas les décisions assénées avec brutalité par une classe d'oligarques égoïstes et cyniques, qui n'ont qu'arrogance et mépris pour tout ce qui ne leur ressemble pas.
Alors oui, c'est politique ! Parce que ce mouvement social n'est pas le caricatural "front du refus" que la bêtise de l'adversaire veut y voir, mais avant tout le grand retour d'une parole collective qui n'a pas oublié, elle, que la démocratie ne se trouve pas que dans les urnes, et qui ne refuse véritablement qu'une seule chose : la résignation.
En manifestant, en se mettant en grève, dans les AG et dans la rue, dans l'espace public comme dans le virtuel, nous tous, nous allons faire de la politique ! Pas celle de ceux qui portent cravates et montres de prix, celle qui ne pense pas que "le monde est comme ça et on y peux rien", celle qui comprend que c'est deux logiques, deux visions, deux systèmes qui s'affrontent : la soumission à l'ordre économique, et la résistance à cet arbitraire. Rien de plus, rien de moins.
Nous sommes nombreux et décidés, nous savons que ce qui va se passer est crucial, nous avons la rage au coeur et le sourire aux lèvres, nous sommes ici et maintenant, et nous ne lâcherons rien.
Nous avons tombé Juppé : nous tomberons Sarkozy.
Vive la grève !
Source : CSP  |
| |